Médiation de la musique et santé mentale

Quelle partition pour les musicien.ne.s?

Recherche partenariale sur le programme d’animation musicale au centre Albert-Prévost

 

Irina Kirchberg

2019-2020

Depuis septembre 2018, le département de musique du cégep de Saint-Laurent (établissement pré-universitaire montréalais) offre chaque année l’opportunité à une cohorte d’une petite quinzaine d’étudiant.e.s en musique de réaliser des prestations musicales au département de santé mentale de l’Hôpital du Sacré-Cœur en bénéficiant de bourses offertes par un mécène. Après avoir été soumis à un processus de recrutement compétitif, le groupe étudiant, d’une moyenne d’âge de 19 ans, se relaie pendant un an pour proposer deux prestations hebdomadaires d’une heure au pavillon Albert-Prévost.

 

Plusieurs travaux portant sur le métier des médiateurs et médiatrices de la culture (Goulet 2012 ; Prévost-Thomas et Vessely 2016 ; Chantal Provost, 2019) présentent des personnes enquêtées « sans passé » (Lahire 2002), vides de toutes expériences socialisatrices antérieures qui permettent de comprendre à quelles conditions elles se sont engagées dans cette voie professionnelle. Cette recherche fait apparaître tout le « travail de soi » nécessaire pour que de jeunes musicien.ne.s-interprètes incarnent ce rôle de médiation.

 

Le rapport de recherche qui sera publiée en 2022 sous forme d’article, est basé sur l’analyse de données tirées de plus 40 lettres de candidature, d’une quinzaine d’entretiens de récit de vie et d’une année d’observation des prestations des étudiant.e.s à l’hôpital. Les résultats mettent à jour la part implicite de socialisations familiale et scolaire (école primaire et secondaire) favorables à l’investissement des étudiant.e.s dans cette activité d’animation en milieu de santé. D’autre part cette recherche fait apparaître les points de frottement entre les « catégories » (Chagnard 2017) véhiculées par l’institution collégiale pré-universitaire sur la pratique musicale professionnelle (distinction entre l’interprète et les publics, excellence, essentialisation du pouvoir de la musique, performance associées à l’anxiété) et les schèmes d’actions mobilisés en situation par les étudiant.es durant ces interventions musicales parascolaire (prises de parole, gestion de la proximité avec le public, etc.). L’ensemble de ce travail montre comment, à l’issue de cette expérience socialisatrice singulière, les étudiant.e.s sont tiraillé.e.s entre une conception de la formation musicale professionnelle en termes de dressage des corps et une réflexion sur le sens du travail musical. En filigrane, cette recherche fait apparaître la façon dont un établissement collégial intègre la formation des étudiant.es aux nouvelles réalités d’exercice du métier de musicien.ne (Kirchberg 2020).

ARTICLE

2022 « Découvrir la médiation de la musique durant sa formation collégiale : frottement entre le dressage des corps et sens du travail chez de jeunes instrumentistes » dans Remi Deslyper, Irina Kirchberg,  Alexandre Robert, « Les socialisations musicales », Transposition – Musique et sciences sociales, Vol. 11.

 

COMMUNICATIONS

2022 « Comment intégrer l’animation musicale en milieu de santé à la formation des cégépien.nes des départements de soins infirmiers et de musique : le cas des bourses Joanne Martens », Congrès international de l’AQPC,  8-10 juin 2022.

 

2022 « Découvrir la médiation de la musique durant sa formation collégiale : frottement entre dressage des corps et sens du travail chez de jeunes instrumentistes », Midi recherche du Laboratoire de recherche sur les publics de la culture, 23 mars 2022.

 

2021 « Quand la formation des musicien.ne.s interprètes invite à repenser la place de la culture dans la société. Le cas du Cégep de St-Laurent et de la Bourse de l’harmonie Joanne Martens », Forum Les arts et la ville Culture, santé et justice sociale, 24 mai 2021.

 

2020 « Médiation de la musique et santé mentale, quelle partition pour les musicien.nes ? » Colloque international « Musique et psychiatrie ; orchestrer la rencontre » ; HEMU, Lausanne, 13-14 février.

Références

 

Dubois, V. (2013). La culture comme vocation. Paris : Raisons d’agir.

 

Goulet, D. (2012). Introduire l’art et la culture en milieu de soins et de services sociaux. Le pour qui et le comment. Montréal : Ministère de la Culture et des Communications , Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), Agenda 21 pour la culture du Québec.

 

Melhuish, R., Beuzeboc, C. et Guzmán, A. (2015). Developing relationships between care staff and people with dementia through Music Therapy and Dance Movement Therapy: A preliminary phenomenological study: Dementia. doi:10.1177/1471301215588030

 

Sapiro, G. (2007). La vocation artistique entre don et don de soi. Actes de la recherche en sciences sociales, n° 168(3), 4-11.

 

Tapson, C., Noble, D., Daykin, N. et Walters, D. (2018). Live music in care. the impact of music interventions for people living and working in care home settings (p. 61). Winchester : University of Winchester, Live music now.

Équipe de recherche


Irina Kirchberg est professeure invitée à la faculté de musique de l’université de Montréal où elle est co-responsable du DESS en « médiation de la musique ». Elle est également chercheure au sein du groupe de recherche international Partenariat Publics de la Musique (P2M), de l’Observatoire de création et recherche en musique (OICRM) et de l’Observatoire des Médiations Culturelles (OMEC). Elle a réalisé un Panorama des pratiques de médiation de la musique au Québec(2019) et conduit actuellement une recherche sur les dispositifs numériques de médiation de la musique. Irina Kirchberg a co-dirigé les ouvrages Faire l’art. Analyser les processus de création musicale(2015) et Bourdieu et la musique. Bilan et perspectives (2019).

Auxiliaires de recherche : Émilie Adam et Audrey Gauthier.